Dans le paysage théâtral contemporain, certains artistes choisissent la démesure des grandes mises en scène. D’autres, au contraire, préfèrent la sobriété, laissant toute la place aux mots et à l’émotion. C’est dans cette seconde famille que s’inscrit le comédien et metteur en scène Thierry de Pina, un artiste dont le travail se distingue par une profonde attention aux récits humains et aux trajectoires invisibles.
Au fil des années, Thierry de Pina a construit un parcours singulier, fondé sur un théâtre de l’intime et du récit. Sur scène, il affectionne particulièrement la forme du seul-en-scène, un exercice exigeant qui repose entièrement sur la présence de l’acteur et la puissance du texte. Dans ce dispositif minimaliste, chaque mot, chaque silence et chaque geste prennent une dimension particulière. Son travail est étroitement lié à l’univers de l’écrivain Emmanuel Darley, dont il a adapté plusieurs textes pour la scène. Ces collaborations artistiques ont donné naissance à des spectacles sensibles et profondément humains, où la littérature devient matière vivante. Les histoires racontées évoquent souvent les marges de la société : des êtres en quête de reconnaissance, des vies fragiles ou déplacées, des identités en construction
L’INTERVIEW
Thierry De Pina
Parmi les œuvres marquantes de son parcours, l’adaptation théâtrale de Le Mardi à Monoprix illustre parfaitement cette démarche. Dans ce récit poignant, un personnage revient chaque semaine rendre visite à son père vieillissant. À travers ces rencontres, se dessinent les blessures, les non-dits et l’amour filial qui subsiste malgré les incompréhensions. La pièce aborde avec délicatesse les questions d’identité, de filiation et d’acceptation.
Avec Pays Bonheur, Thierry de Pina poursuit cette exploration des destins singuliers. Le spectacle raconte le voyage d’un homme quittant son pays avec l’espoir d’une vie meilleure en Europe. Derrière la promesse d’un « pays du bonheur » se révèlent pourtant les épreuves de l’exil, les illusions et les luttes pour exister dans un monde souvent indifférent. Porté par une interprétation sensible, le récit prend la forme d’une confession universelle sur l’espoir et la dignité.
Le travail de Thierry de Pina repose sur une esthétique volontairement épurée. Peu de décor, peu d’artifices : la scène devient un espace de parole où l’imaginaire du spectateur est invité à combler les silences. Cette simplicité apparente est en réalité le fruit d’une recherche exigeante sur la présence de l’acteur et la musicalité du texte.
Au-delà de la performance théâtrale, l’artiste revendique un théâtre profondément humain et social, où la scène devient un lieu d’écoute et de partage. Chaque spectacle est une rencontre, un moment suspendu où l’on découvre des histoires que l’on n’entend pas toujours ailleurs.
Dans une époque où tout semble aller toujours plus vite, Thierry de Pina rappelle que le théâtre peut encore être cet espace rare où l’on prend le temps d’écouter une voix, un destin, une parole fragile. Et c’est peut-être là, dans cette simplicité revendiquée, que réside la véritable force de son travail.
