Ils sont voisins, mais ne se connaissent pas. Elle a 30 ans, il ne les a plus. Elle aime la vie, lui l’a quittée. Elle vient de rompre, il est veuf. Pourtant, elle lui propose un voyage… il refuse. Elle insiste, il accepte. Sa vieille décapotable fera l’affaire.
Ils partent vers l’Ouest pour le plus improbable des périples, emportant avec eux leurs rêves, leurs fantômes et leurs fichus caractères. Un choc de générations ? Non. Une rencontre. Un souffle d’amitié. Un éclat de vie.
Dans cette pièce, Arnaud Bédouet explore le temps, l’amour et la mémoire avec une délicatesse rare. Il mêle réalité et imaginaire, vérité et fiction, comme un enfant qui joue, sans limites ni interdits. La rencontre improbable d’un homme né un peu trop tôt et d’une jeune femme née un peu trop tard devient le prétexte pour interroger, avec humour et sensibilité, notre rapport à l’âge, à la solitude et à la mémoire.
Tout est dissonant chez ces deux personnages. Elle est spontanée, impulsive, idéaliste ; il est cynique, réfléchi, philosophe. Ils interprètent le monde selon leur prisme, se contredisent, s’affrontent, se réconcilient, et s’offrent mutuellement une liberté retrouvée et salvatrice. Sous leurs pas, le théâtre devient chemin, mouvement, paysage intérieur et extérieur.
Pour Catherine Schaub, metteuse en scène, ce texte ouvre un espace unique entre le réel et le vrai un entre-deux sensible, que le philosophe Henri Corbin appelle le monde imaginal. Un lieu où les souvenirs, les manques et les désirs prennent corps, et où la vérité se raconte à travers la fiction. Le voyage que nous suivons a-t-il réellement eu lieu ? Ou n’est-il qu’une projection mentale d’un homme paralysé par une histoire douloureuse ? Et cette jeune femme, miroir d’un passé perdu, ne devient-elle pas le déclencheur d’une réparation douce, fragile, presque miraculeuse ?
Chaque interaction transforme subtilement les personnages. La Talbot Samba qui les transporte devient métaphore de la vie et de ses imprévus, symbole de fuite de l’immobilisme et de l’isolement. Le texte, d’une grande économie de mots, explore nos solitudes contemporaines, nos blessures et nos silences, tout en faisant renaître l’élan vital par le lien à l’autre.
Mettre cette histoire en scène, c’est faire le pari d’un théâtre qui ne démontre rien mais révèle en creux, un théâtre du flou et de l’incertain, capable de panser l’inaccompli. Il ne s’agit pas de montrer la réalité telle qu’elle est, mais telle qu’elle se vit de l’intérieur, telle qu’on s’en souvient ou telle qu’on aurait aimé qu’elle soit. Un théâtre du « pas encore dit », du « peut-être », où la poésie répare ce que le réel ne permet pas toujours, accueillant contradictions, failles et hésitations.
Dans un monde où tout exige des réponses rapides et des récits linéaires, cette pièce est nécessaire. Elle ouvre un espace pour ce que nous portons de plus fragile, de plus flou et donc de plus humain.

AILLEURS/APRES
PETIT MONTPARNASSE
A partir du 2 octobre 2025
Du mercredi au samedi à 19h00 – matinée le dimanche à 15h00
Avec : Philippe MAGNAN et Lou CHAUVAIN
Une pièce d’Arnaud BEDOUET
Mise en scène Catherine SCHAUB
