Le rire chez Jean-Claude Grumberg a toujours eu le goût salé des larmes. Avec Dans le couloir, sa nouvelle comédie tendre et cruelle, l’auteur du légendaire L’Atelier revient au Théâtre Hébertot, ce lieu qu’il chérit, pour offrir au public une fable domestique à la fois cocasse et bouleversante, où le quotidien devient une scène d’humanité pure.
Sous la direction subtile de Charles Tordjman, Grumberg met en jeu deux comédiens d’exception, Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo, dans la peau d’un couple d’octogénaires usés par la vie, par leurs douleurs physiques autant que par les blessures du temps. Lui traîne son mal de dos comme un fardeau de Sisyphe, elle ajuste son appareil auditif et son sourire dentaire avec la dignité tranquille de ceux qui savent encore rire d’eux-mêmes.
Leur routine, déjà chancelante, vacille davantage lorsque leur fils de cinquante ans, revenu vivre sous le toit parental, s’enferme dans un mutisme obstiné. Trois êtres, trois solitudes, trois respirations suspendues dans un même couloir où se croisent la tendresse et l’exaspération, la dérision et l’émotion. Grumberg, fidèle à sa manière, manie l’ironie comme une arme douce : derrière les répliques ciselées se profile une réflexion profonde sur la famille, la vieillesse et l’incommunication. Dans le couloir, c’est un peu Godot entre deux Chaises, une attente absurde où le rire affleure toujours, même au bord des larmes.
Dans une langue à la précision d’orfèvre, l’auteur se plaît à rappeler que « rien n’est plus drôle que le malheur, pourvu qu’il soit équitablement partagé ». Et c’est bien cette équité, cette fraternité du rire et des pleurs, que la mise en scène de Tordjman célèbre avec pudeur et élégance. Les décors de Vincent Tordjman, la lumière de Christian Pinaud, les costumes de Lili Kendaka et la musique discrète de Vicnet composent un écrin sensible, presque domestique, pour ce duel conjugal où les mots, souvent, remplacent les gestes. Dans cette comédie de la fin de route, où tout vacille mais rien ne se renie, Grumberg offre à Darroussin et Murillo un terrain de jeu somptueux, à la fois drôle, lucide et terriblement humain. Un spectacle où l’on rit à travers les larmes, où l’on reconnaît les siens, où le théâtre redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être: un miroir tremblant de nos fragilités.
Dans le couloir
Au Théâtre Hébertot
À partir du 24 janvier 2026
Du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 17h30
Distribution :
Une pièce de Jean-Claude Grumberg
Mise en scène : Charles Tordjman
Assistante mise en scène : Pauline Masson
Avec Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo
Décor : Vincent Tordjman
Lumière : Christian Pinaud
Costumes : Lili Kendaka
Musique : Vicnet
Relation Presse : Pierre Cordier – PC PRESSE
Une coproduction Théâtre Hébertot et MK PROD’
