Changer l’auteur… sans changer l’histoire ?L’idée semble folle. Elle est surtout irrésistible. Et c’est précisément le point de départ de Notre cher auteur, la comédie savoureuse d’Ana-Maria Bamberger, actuellement à l’affiche de La Scène Parisienne.
Au cœur de cette mécanique aussi fine qu’imprévisible, il y a Serge. Dramaturge reconnu, respecté, admiré même… mais aujourd’hui à court d’inspiration. Sa dernière pièce, une tragédie sombre, sérieuse, presque désespérée, ne rencontre pas le succès espéré. Pire encore : elle ne parvient pas à toucher Mathilde, comédienne solaire dont il est secrètement et follement amoureux. Alors Serge tente l’impossible : transformer une tragédie en comédie. Tout réécrire, tout alléger, tout réinventer. Un détail cependant lui échappe : l’auteur du texte refuse catégoriquement qu’on y touche.
Qu’importe. Puisqu’on ne peut pas changer l’œuvre, on changera l’auteur. À partir de cette situation délicieusement absurde, Notre cher auteur déroule une partition réjouissante où le théâtre se regarde lui-même, se moque de ses travers, de ses ego, de ses ambitions et de ses fragilités. On y parle de création, d’amour, de pouvoir, de reconnaissance… et de ce fil ténu entre ce que l’on écrit et ce que l’on vit.
La mise en scène de Jean-Philippe Azéma privilégie la fluidité, le rythme, la clarté. Rien n’est appuyé, tout circule. Les dialogues claquent, les situations s’enchaînent avec une précision quasi horlogère, rappelant parfois le vaudeville, mais un vaudeville nourri d’intelligence et d’une vraie tendresse pour les artistes qu’il met en jeu.
Sur scène, le quatuor fonctionne à merveille. Marie-Hélène Lentini apporte à Mathilde une luminosité et une justesse qui la rendent immédiatement attachante. Jean-Philippe Azéma, tout en nuances, compose un Serge à la fois touchant, maladroit et profondément humain. François Legrand et François Nambot complètent l’ensemble avec une énergie, un sens du timing et une générosité de jeu qui donnent à la pièce son relief et sa vitalité.
On rit beaucoup, bien sûr. Mais pas seulement. Car derrière l’humour, Notre cher auteur parle de ces fragilités que l’on cache derrière les mots, de ces désirs que l’on n’ose pas formuler, et de cette nécessité presque vitale de raconter des histoires, quitte à les réécrire. Une comédie élégante, vive et profondément humaine, où le théâtre parle du théâtre… mais surtout de nous, de nos contradictions et de nos élans.
Notre cher Auteur
La scène Parisienne
