« L’Heure des assassins » signe le retour remarqué de Julien Lefebvre à la Comédie de Paris, dans une intrigue crépusculaire où le mystère flirte avec le brio littéraire.
Dans la pénombre feutrée d’un théâtre londonien du début du XXe siècle, un homme se tient face au public. Philip Somerset, dramaturge au faîte de sa gloire, prononce ces mots glaçants : il mourra ce soir même, lors de son triomphe tant attendu. Avec cette prémisse audacieuse, Julien Lefebvre lance son public dans une enquête haletante où chaque spectateur endosse le rôle du détective

Après le succès du Cercle de Whitechapel et des Voyageurs du crime, l’auteur confirme son talent pour ressusciter l’âge d’or du roman policier britannique. Mais L’Heure des assassins va plus loin encore : il transforme la scène théâtrale en véritable chambre close, lieu encore: En scène de crime, ce sanctuaire du suspense cher à Agatha Christie et consorts, mais aussi à tous les amoureux de l’intrigue
Voilà une excellente intrigue,des comédiens incarnant parfais leurs personnages et d une justesse. Une belle écriture ,on ne voit pas le temps passé – un spectateur
Autour du condamné gravitent des figures historiques qui ajoutent une dimension vertigineuse à l’intrigue. Bram Stoker, George Bernard Shaw, Arthur Conan Doyle… Ces géants de la littérature deviennent, le temps d’une soirée, des suspects potentiels. Lefebvre joue avec maestria de cette ambiguïté : comment imaginer que le créateur de Sherlock Holmes puisse tremper dans un meurtre ? Et pourtant, dans ce microcosme où l’ambition le dispute au talent, tout devient possible.
Katherine, la sœur dévouée, et Hartford, le confident fidèle, complètent ce tableau où les apparences règnent en maîtres. Car sous les ors du théâtre et les coupes de champagne se dissimulent jalousies, rancœurs et secrets inavouables. La mise en scène d’Elie Rapp et Ludovic Laroche épouse parfaitement l’atmosphère fin-de-siècle voulue par l’auteur. Chaque détail compte : une réplique apparemment anodine se révèle indice totalement capital, un silence prolongé devient un aveu tacite. Le spectateur, constamment sollicité, doit assembler les pièces du puzzle avec la même urgence que ce tic-tac obsédant de l’horloge qui égraine délicatement les minutes jusqu’à ce dénouement fatal et inéluctable
La distribution, réunissant notamment Stéphanie Bassibey, Pierre-Arnaud Juin et Yannis Baraban, porte cette mécanique de précision avec une justesse remarquable. Chaque comédien habite son personnage avec cette ambivalence nécessaire au genre : sont-ils victimes ou bourreaux ? Amis sincères ou manipulateurs bien habiles ?

Plus qu’un simple thriller théâtral, L’Heure des assassins constitue une déclaration d’amour à la littérature policière. Julien Lefebvre y distille références et clins d’œil qui raviront les amateurs du genre, sans y sacrifier l’accessibilité pour le grand public.
Cette troisième enquête confirme ( s’il en était besoin), que l’auteur maîtrise parfaitement les codes du whodunit à la française, un hommage a l’intelligence au polar à énigme à la française, cette tradition du mystère élégant où l’intelligence prime sur la violence et l’agressivité où le verbe fait mouche mieux qu’aucune autre arme comblant souvent la médiocrité du récit.
À la Comédie de Paris jusqu’en janvier 2026, L’Heure des assassins offre ce rare plaisir : celui d’applaudir en tremblant, de rire en guettant l’ombre, de savourer chaque instant tout en redoutant le suivant. Un divertissement raffiné pour tous les esprits bien affûtés.
L’équipe d’Art Scène Radio tient à remercier très sincèrement Yannis Baraban, sans qui nous n’aurions jamais eu la chance de découvrir cette pépite théâtrale…
L’Heure des assassins
Actuellement à la Comédie de Paris jusqu’en janvier 2026
Une pièce de Julien Lefebvre
Mise en scène : Elie RAPP, Ludovic LAROCHE
Distribution :
En alternance : Stéphanie Bassibey ou Aurélie Bargème ou Emilie CazenavePierre-Arnaud Juin ou Yannis Baraban Ludovic Larocheou Pierre Val Ninon Lavalou ou Donatienne de Croisoeuil Jérôme Paquatte ou Frédéric Souterelle Nicolas Saint-Georges ou Laurent Paolini
Crédit photo © Stéphane Audran
