C’est une pièce qui parle forcément au metteur en scène que je suis car c’est là tout l’art de la mise en scène. Mettre en vie, illustrer une histoire sortie de l’imagination d’un auteur en y ajoutant sa propre interprétation et tout ça sans trahir le texte initial. Se mettre au service du texte me semble être un bon résumé.  Dans le cadre d’une création, comme c’est ici le cas, il arrive que l’on doive couper dans un texte parfois trop long ou trop explicatif. C’est la responsabilité du metteur en scène de le faire sans rien altérer

Dans la pièce, on transforme peu à peu une tragédie en comédie… Sans trahir l’auteur. Qu’est-ce qui vous amusait le plus dans cette idée de “détournement” théâtral ?

Comme toujours en comédie, le ressort comique provient d’une situation dramatique. La bonne vieille bouche d’égout dans laquelle tombe un passant distrait. Dans le cas précis de « Notre cher auteur » ce pauvre Anton déjà bien échaudé se voit de nouveau pris au piège et assiste impuissant (car c’est fait de façon très intelligente et très progressive) au démantèlement de sa pièce par des personnages qui lui affirment que celle-ci est géniale mais qui lui proposent petit à petit de tout changer.

La pièce parle de création, d’ego et de doutes : qu’est-ce qui vous touche personnellement dans ce thème ?

Tout forcément. Nous faisons un métier public, et quand on présente un spectacle, la sanction est immédiate. Ça plaît ou ça ne plaît pas   Parfois les deux. À nous de nous arranger avec nos doutes et nos égos. Je me suis toujours énormément méfié des gens qui affirmaient ne pas avoir d’égo. C’est je trouve faire preuve d’un égo démesuré

Comment décririez-vous l’univers et le ton de la pièce pour quelqu’un qui n’a pas encore vu la pièce  ?

Ana Maria a réussi à écrire une pièce qui se situe dans l’univers de la création artistique sans pour autant que ça fasse « boutique ». Ça parle à tout le monde car ça traite d’égo justement, de compromis, de manipulation … et les Artistes n’ont pas le monopole de ces choses là
En tant que metteur en scène et Comédien, quel a été  le défi artistique sur cette production ? 

« Notre cher auteur » est le cas typique de ce que j’appelle une pièce de comédiens. Comme je l’ai dit précédemment, les enjeux qui servent les situations comiques sont très subtils. Il me fallait donc de très bon comédiens, véritablement aguerris pour en restituer la finesse. La direction d’acteur dans ce type de pièce est essentielle !

Le rythme de la mise en scène est très important : quiproquos, rebondissements, accélérations… Qu’est-ce qui a été le plus délicat à construire sur le plateau ?

La pièce dont nous parlons dans le spectacle « fin d’automne »  écrite donc par Anton, « notre cher auteur », est une pièce à son image, très cérébrale et très compliquée. La difficulté fut de restituer la complexité de son propos, qui est l’un des ressort de notre comédie, sans perdre notre spectateur. Pour le dire autrement, ce dernier pour apprécier le comique de la situation doit comprendre que la pièce dont il est question est incompréhensible. J’ai donc dû m’organiser pour que la confusion du propos soit suffisamment claire pour qu’elle reste confuse tout en restant très compréhensible. Devos aurait adoré cette phrase !

Et vous, si quelqu’un vous disait : «C’est parfait… mais on change tout » Que répondriez-vous aujourd’hui ?

Ce que demande Anton à mon personnage : Serge pourquoi veux-tu faire ma pièce ? (Sous-entendu si c’est pour tout changer)
Merci Jean Philippe, à très vite sur Scène