Dans Notre cher auteur, les frontières entre tragédie et comédie se déplacent subtilement, au rythme des doutes, des ego et des compromis artistiques. À la mise en scène et au jeu, Jean-Philippe Azema explore avec finesse ce délicat ballet entre fidélité au texte et liberté d’interprétation. Nous avons échangé avec lui autour de cette création où l’on rit mais jamais sans réflexion

– INTERVIEW –
Jean-Philippe Azema
Actumedia.fr : Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet et vous a donné envie de porter cette pièce sur scène ?
Jean-Philippe Azema : En tant que metteur en scène comme en tant que comédien, j’adore les comédies intelligentes, les comédie qui font rire mais pas que ! « Notre cher Auteur » est une pièce d’une grande finesse avec des dialogues ciselés et un chemin assez étroit sur lequel évolue chaque personnage. De cette précision dépend la finesse de la comédie !
D’où vient la première étincelle de cette pièce : une situation vécue, une observation, une envie de jouer avec les auteurs ?
Dans la pièce, on transforme peu à peu une tragédie en comédie… Sans trahir l’auteur. Qu’est-ce qui vous amusait le plus dans cette idée de “détournement” théâtral ?
Comme toujours en comédie, le ressort comique provient d’une situation dramatique. La bonne vieille bouche d’égout dans laquelle tombe un passant distrait. Dans le cas précis de « Notre cher auteur » ce pauvre Anton déjà bien échaudé se voit de nouveau pris au piège et assiste impuissant (car c’est fait de façon très intelligente et très progressive) au démantèlement de sa pièce par des personnages qui lui affirment que celle-ci est géniale mais qui lui proposent petit à petit de tout changer.
La pièce parle de création, d’ego et de doutes : qu’est-ce qui vous touche personnellement dans ce thème ?
Comment décririez-vous l’univers et le ton de la pièce pour quelqu’un qui n’a pas encore vu la pièce ?
« Notre cher auteur » est le cas typique de ce que j’appelle une pièce de comédiens. Comme je l’ai dit précédemment, les enjeux qui servent les situations comiques sont très subtils. Il me fallait donc de très bon comédiens, véritablement aguerris pour en restituer la finesse. La direction d’acteur dans ce type de pièce est essentielle !
Le rythme de la mise en scène est très important : quiproquos, rebondissements, accélérations… Qu’est-ce qui a été le plus délicat à construire sur le plateau ?
La pièce dont nous parlons dans le spectacle « fin d’automne » écrite donc par Anton, « notre cher auteur », est une pièce à son image, très cérébrale et très compliquée. La difficulté fut de restituer la complexité de son propos, qui est l’un des ressort de notre comédie, sans perdre notre spectateur. Pour le dire autrement, ce dernier pour apprécier le comique de la situation doit comprendre que la pièce dont il est question est incompréhensible. J’ai donc dû m’organiser pour que la confusion du propos soit suffisamment claire pour qu’elle reste confuse tout en restant très compréhensible. Devos aurait adoré cette phrase !
Et vous, si quelqu’un vous disait : «C’est parfait… mais on change tout » Que répondriez-vous aujourd’hui ?

Crédit photo : Franck Harscouët
