Auteur-compositeur-interprète franco-maroco-algérien, Didi Beni incarne une trajectoire singulière, à la croisée des cultures, des disciplines et des émotions. Entre un premier album intime, une année 2025 décisive et l’ouverture vers un projet vocal ambitieux en 2026, l’artiste se raconte avec sincérité.
– INTERVIEW –
DIDI BENI

Djazia Ahrénds – Benhabilés : Tu te définis avant tout comme auteur-compositeur-interprète. Ton premier album Ma Novela, entièrement écrit et composé par toi, ressemble presque à un journal intime musical. À quel moment as-tu compris que cet album serait une œuvre fondatrice, presque autobiographique ?
DIDI : J’ai toujours écrit des chansons, d’abord avec mon frère jumeau, puis seul. Mon processus est très instinctif : je pars souvent d’une instrumentale, je fais du « yaourt », et très vite une mélodie vocale s’impose. J’aime aller chercher la difficulté, repousser la voix, terminer sur une prouesse. La voix a toujours été mon terrain de jeu et de vérité.
J’ai compris que cet album serait Ma Novela au moment où j’ai décidé de raconter des histoires. Pas seulement la mienne, mais aussi celles des autres, et même celle que je n’ai jamais eue. Je voyais ces chansons comme des épisodes, presque des télénovelas musicales : parfois excessives, parfois loufoques, mais toujours humaines.
L’album aborde des thèmes forts (la consommation du corps, les relations à l’ère des applications, la jalousie, la perte du sens de l’amour, la famille, la prostitution, le suicide…) mais toujours à travers des personnages, des situations, des fragments de vie. « J’en fais des tonnes », par exemple, raconte quelqu’un qui fait tout pour être aimé, qui demande simplement à être accepté tel qu’il est, dans ses excès et sa sensibilité.
Ton identité franco-maroco-algérienne traverse subtilement ta musique, sans jamais être démonstrative. Comment cet héritage culturel façonne-t-il ton écriture, ton rapport aux langues et ta manière de raconter des histoires en musique ?
Je suis né en France, à Saint-Étienne, mais l’Algérie et le Maroc font partie intégrante de mon identité, de ma sensibilité, de ma manière de ressentir le monde. Cet héritage, je le porte naturellement, sans chercher à l’afficher de façon démonstrative.
On me dit parfois que j’ai ce soleil dans la voix, cette chaleur que j’essaie de préserver pour transmettre de l’émotion, de la résonance.
Avec le recul, je me suis rendu compte qu’il manquait pourtant une couleur plus franchement orientale dans mon album Ma Novela. Cette absence m’a un peu frustré. J’avais besoin d’aller plus loin dans cette exploration. C’est ce qui m’a poussé à sortir Habiba, un titre disponible depuis le mois de décembre sur les plateformes. Je l’avais déjà teasé l’année précédente, avec DSB aux manettes du remix.
Habiba est un morceau très orientalisé, dansant, festif, porté par une voix assumée, presque solaire. C’est un titre que j’aurais aimé intégrer dès le départ à l’album, mais il est arrivé plus tard, au bon moment. Comme une évidence. Une manière de réconcilier toutes mes identités dans un même élan musical
Parmi les moments forts de Ma Novela, il y a ce duo bouleversant avec ta maman. Qu’est-ce que cette collaboration familiale a déplacé en toi, artistiquement et humainement ?
Ma mère est ce qu’il y a de plus important pour moi. Ma Novela étant mon premier « bébé », il était évident qu’elle y ait une place. Pas pour chanter, mais pour incarner un rôle, presque comme dans une télénovela : une mère qui s’adresse à son fils, dans le titre Je sais me taire.
Le fait qu’elle me donne la réplique m’a procuré une émotion très forte, surtout à la fin du morceau, avec cette high note que j’essaie de reproduire sur scène et que j’adore interpréter. Il y avait quelque chose de très théâtral, presque cinématographique, qui me rappelait Dalida — cette manière d’être en dialogue avec une voix off, puis de répondre par la voix.
L’année 2025 marque un véritable tournant : scènes majeures, reconnaissance artistique, visibilité accrue… As-tu le sentiment d’entrer aujourd’hui dans une nouvelle dimension de ta carrière, plus assumée, plus alignée ?
J’ai eu très peur, et j’ai mis beaucoup de temps avant d’oser me lancer en solo. Dans le duo Twem, j’étais sans doute le plus fusionnel. Chanter seul, je le vivais presque comme une trahison, ou comme s’il me manquait une moitié. Dans nos albums, il y avait toujours mon frère pour les harmonies, les tierces, ce soutien vocal permanent.
Me retrouver seul a donc été un véritable défi, presque une épreuve d’émancipation. Mais avec le recul, ce passage m’a donné un nouvel élan. Aujourd’hui, je sais que la vraie force réside aussi dans le fait d’être individuellement abouti dans son art.
Tu mènes une double vie professionnelle assez rare : directeur marketing & communication dans l’intelligence artificielle le jour, chanteur-auteur-compositeur sur scène. Comment ces deux mondes, en apparence opposés, dialoguent-ils et se nourrissent-ils mutuellement?
Je suis Head of Marketing & Communications et j’ai suivi de longues études dans ce domaine. Cette année, j’ai également réalisé un programme exécutif court à HEC en intelligence artificielle, pour mieux comprendre les transformations profondes de nos métiers.
En parallèle, j’ai toujours mené une vie artistique plurielle (chanteur, journaliste, parfois comédien…) qui m’a permis de développer des soft skills essentielles. Les compétences techniques sont aujourd’hui largement partagées ; ce qui fait la différence, c’est le supplément d’âme.
Les pratiques artistiques m’ont appris l’écoute, l’empathie et la créativité. J’en ai fait une force, en mettant ma personnalité au service de ce que je fais, tout en restant humble.

Tu as récemment rejoint les choristes de Christina Aguilera, au sein de la chorale gospel urbain Voice2Gether. Qu’as-tu appris, sur le plan vocal et humain, au contact de cette aventure collective d’envergure internationale ?
Il y a deux choses essentielles à retenir. D’abord, Christina Aguilera est une référence vocale mondiale. C’est une artiste multi-récompensée, extrêmement exigeante, qui travaille sans relâche pour offrir des shows toujours à la hauteur de son niveau. Je l’ai vue deux fois à Bercy en spectacle !
Ensuite, il y a la chorale Voice2Gether, de gospel urbain, qui a notamment travaillé avec Mariah Carey et qui m’a proposé de faire partie des douze choristes : j’ai accepté sans hésiter. C’était un véritable cadeau de Noël, au sens propre comme au figuré. Je l’ai vécu comme un enfant
La scène, c’est une deuxième maison !
En chantant les chœurs pendant que Christina interprétait son titre Oh Holy Night, j’avais les larmes aux yeux. J’avais la sensation de vivre un rêve éveillé. C’est une machine artistique impressionnante, très structurée, mais profondément humaine dans l’intensité qu’elle dégage.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est le parallèle évident entre son univers et le mien : cette place centrale donnée à la voix, à la performance, à la prouesse vocale. Une approche très américaine, que je cultive moi aussi dans mes albums, avec le même respect pour l’exigence et l’émotion.
Ta première scène solo devant 15 000 personnes, entouré de nombreuses personnalités, restera un moment marquant. Que se passe-t-il intérieurement quand on vit une telle communion avec le public pour la première fois ?
J’avais déjà chanté devant des foules importantes, notamment à La Cigale ou sur la Promenade des Anglais à Nice, mais toujours avec mon frère jumeau, pour notre duo Twem. Cette fois-ci, c’était différent : c’était ma première scène en solo face à 15 000 personnes.
Je l’ai vécu comme quelque chose d’incroyable, à la fois vertigineux et très personnel. J’y ai interprété deux titres : J’en fais des tonnes, issu de mon album Ma Novela, et une reprise d’Alicia Keys que je chante régulièrement dans ma résidence artistique au Secret Garden depuis bientôt deux ans et demi. C’était une manière de relier mon présent artistique à ce qui m’a construit.
Il y avait aussi beaucoup de nostalgie dans ce moment. Je partageais la scène avec les 3T, les neveux de Michael Jackson, mais aussi avec d’autres artistes qui ont bercé mon enfance ou croisé mon parcours, comme Ophélie Winter ou les L5, avec qui j’avais déjà partagé des plateaux télé à l’époque de Popstars ou Graines de star.
La scène, c’est une deuxième maison !
Tu as partagé aussi une longue histoire artistique avec ton frère jumeau, Sam Beni, au sein du duo Twem. Comment votre lien fraternel a-t-il évolué au fil du temps, et en quoi influence-t-il encore ta trajectoire solo aujourd’hui ? Qu’en est-il de votre duo aujourd’hui ?
Mon frère jumeau et moi n’avons jamais cessé de créer, ensemble ou séparément. Nous avons notamment sorti le titre Oublie-moi, remasterisé et mixé par le compositeur-arrangeur Opseek, qui a travaillé pour Aya Nakamura. Mon frère continue de composer, même en tant que père de famille, avec des titres comme Ce que je veux, c’est toi, ou des chansons autour de la parentalité
Pour ma part, j’ai profité de cette période pour m’envoler en solo, grâce à des collaborations et des scènes avec France Télévisions (France Ô), Radio France (Mouv’), Radio J…, ou encore des shows exceptionnels comme ceux organisés par Mumu La Frange autour de Claude François, où j’ai eu la chance de chanter avec sa Claudette Priska.
Mon frère a toujours été à mes côtés, parfois dans l’ombre, pour donner son avis et me soutenir. Nous avons cette volonté de nous exprimer individuellement tout en restant connectés, un peu à la manière de Destiny’s Child : chacun prend son envol, mais on revient toujours ensemble, plus forts.
Nous sommes des inséparables !
Quand une artiste comme Amel Bent salue publiquement ton travail et repartage l’une de tes covers, qu’est-ce que cela représente pour toi à ce stade de ton parcours ?
Amel Bent est une artiste que je respecte énormément. J’ai repris son titre Pourquoi tu restes ?, une chanson complexe avec de nombreuses modulations, dans le cadre de ce que j’appelle mes Didi Covers. Quand elle a partagé ma version sur Instagram en écrivant « C’est si beau », j’ai littéralement eu les larmes aux yeux.
Ce geste avait une résonance particulière, puisque j’avais déjà eu la chance de partager une scène multi-artistes avec elle, il y a plus de dix ans, avec mon frère jumeau, lors d’un plateau pour Nouvelle Star et la Française des Jeux à Nice. Quelques années plus tard, recevoir ce retour positif, et voir qu’elle le partage avec sa communauté en story, m’a profondément touché.
Cela m’a aussi donné envie de poursuivre mes Didi Covers. J’aime mes chansons originales, mais j’aime aussi réinterpréter des titres qui m’ont marqué, à ma manière. Et j’espère qu’un jour, je pourrai chanter cette chanson pour elle, en face-à-face.
Tu annonces déjà l’ère 2026 comme celle d’un album pleinement vocal, plus affirmé encore. Si tu devais résumer ce nouveau chapitre en une intention, presque une promesse faite au public, quelle serait-elle ?
2026 sera une année pleinement vocale. À l’ère de l’intelligence artificielle, la voix reste un instrument de proximité, un moyen unique de créer du lien.
Je travaille déjà sur mon prochain album. Deux titres ont été enregistrés : Je craque, un piano-voix, et Je m’envole. Bien sûr, il y aura aussi des chansons festives et peut-être quelques featurings. L’objectif est d’offrir une musique authentique et sincère.
Je rêve aussi d’un live 100 % Ma Novela, entièrement consacré à mes chansons et à mon univers. Et bien sûr, j’ai hâte de découvrir et de partager les nouveaux titres de mon frère jumeau, qui prépare des choses incroyables.
2026 sera donc une année de création, de rencontres et de conquête ! À très vite, mes Didilovers.
Crédit photo @Zoe
