Figure de la liberté et infatigable défenseur des esprits menacés, Kamel Bencheikh incarne une parole rare, forgée entre Sétif et Paris, entre l’aube algérienne et le plein jour français. Poète, Essayiste et Auteur , il est surtout l’un de ces intellectuels qui n’ont jamais courbé l’échine face à l’islamisme ni renoncé à nommer les périls qui pèsent sur nos démocraties
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Ami et soutien de Boualem Sansal, dont il fut l’un des premiers à dénoncer l’arrestation, il porte aujourd’hui un regard lucide, combatif et profondément humaniste sur les bouleversements politiques, les fractures idéologiques et l’avenir de la liberté
Dans cet entretien, Kamel Bencheikh revient avec sincérité sur son engagement, et la force d’une amitié devenue symbole de résistance
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– INTERVIEW –
Kamel Bencheikh
Actumedia.fr: Vous êtes né à Sétif avant de construire votre vie littéraire en France. Comment ce double ancrage a-t-il façonné votre regard sur la liberté et sur l’islamisation?
Kamel Bencheikh : On naît tous quelque part sans l’avoir choisi, mais l’on s’enracine ailleurs par décision, presque par pacte intime. À dix-huit ans, après le bac, j’ai quitté Sétif pour Paris. J’y ai étudié, j’y ai fondé une famille, j’y ai bâti ma vie. L’Algérie fut l’aube, la France fut le plein jour.
Très tôt, j’ai compris que les origines ne déterminent rien : seule la liberté façonne un destin. C’est elle qui nous autorise à marcher tête haute. Et quand, à l’adolescence, la progression de l’islamisation s’est révélée à moi comme un virus, un agent destructeur des consciences, j’ai cherché les armes intellectuelles pour lui répondre. Le combat commençait là.
Comment est née votre amitié avec Boualem Sansal, et qu’est-ce qui fait la singularité de votre relation ?
Un jour, j’ai appris qu’il devait parler dans une librairie parisienne. J’y suis allé en avance, mû par une intuition. Je l’ai vu, penché sur un livre. Je me suis approché et je lui ai parlé de Tahar Djaout, cet ami commun fauché par la pieuvre islamiste. Les mots ont immédiatement circulé entre nous comme entre deux êtres qui se connaissaient déjà. Puis sont venus les échanges écrits, la confiance, la fidélité.
Depuis des années, hors cette année de ténèbres, nous n’avons jamais cessé de nous écrire et de nous voir. Ce qui nous lie dépasse la simple camaraderie littéraire : c’est une fraternité de pensée et de combat, une amitié profonde.
Vous avez été l’un des premiers à dénoncer son arrestation. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce qu’il a affronté ?
Dès l’annonce de son arrestation, nous avons fondé, avec Arnaud Benedetti et Stéphane Rozès, un Comité de soutien international. Plus de deux mille personnalités, venues d’une vingtaine de pays, s’y sont jointes : anciens chefs d’État, ministres, parlementaires, prix Nobel, académiciens…La réalité de ce qu’il a vécu, il la livrera lui-même.
Ce qui m’a révolté, c’est son innocence : il n’avait rien fait d’autre qu’écrire. Il n’avait volé personne, insulté personne. Il exerçait simplement ce que la Constitution algérienne promet : la liberté d’expression. C’est pour cela qu’on l’a réduit au silence.
Le refus de certains députés LFI de soutenir les résolutions en faveur de sa libération révèle-t-il une fracture idéologique ou une stratégie électoraliste?
Une chose est certaine : en s’abstenant ou en votant contre, ces députés se sont exclus du champ républicain. LFI court après des clientèles communautaires et s’enfonce dans une complaisance dangereuse envers des courants que chacun connaît. Ce glissement n’est plus une dérive : c’est une stratégie
Je travaille d’ailleurs à un essai sur cet islamo-gauchisme dont ce parti est aujourd’hui la forme la plus accomplie.
La mobilisation internationale a-t-elle réellement influencé la décision des autorités algériennes ?
Oui, sans l’ombre d’un doute. La mobilisation a pris une dimension telle qu’elle ne pouvait être ignorée. Le Comité de soutien a été son fer de lance : écrivains allemands et latino-américains, parlementaires belges votant à l’unanimité, tribunes dans la presse du monde entier, interventions sur les plateaux…
Dans son entretien du 24 novembre au Figaro, Boualem souligne lui-même que cette vague de solidarité, en France, en Europe et au-delà, a surpris le pouvoir algérien. On ne balaye pas si facilement une telle marée.
Boualem Sansal est arrivé à Berlin le 12 novembre 2025, mais depuis, aucune information n’a véritablement filtré : ni sur son état de santé, ni à travers une quelconque déclaration de sa part. Il aurait même été privé de téléphone. Savez-vous pourquoi un tel silence entoure sa situation ?
Il l’a dit lui-même : des contraintes demeurent. Lorsque l’on connaît le sort réservé aux prisonniers d’opinion en Algérie, à commencer par le journaliste Christophe Gleizes, il est évident qu’on lui a demandé de réduire la voilure et qu’on exige de lui une prudence extrême... L’espace d’expression n’est pas un espace ouvert: il se négocie, il se surveille.
Que pensez-vous de l’état actuel des relations franco-algériennes?
Elles avancent depuis toujours en zigzag, faites de rapprochements suivis de brusques crispations. Il est temps, plus de soixante ans après la fin de la guerre, de sortir de ce cycle infécond. Il est temps que le pouvoir algérien renonce à la rente mémorielle dont il s’est nourri si longtemps. L’avenir ne se construit pas sur les ombres du passé
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Votre livre Il est une fois Boualem Sansal réunit plusieurs contributeurs. Que représente-t-il pour vous ?
C’est plus qu’un livre : c’est un geste d’amitié.
Chacun des contributeurs raconte comment Boualem a traversé sa vie, ce que son courage et sa fidélité à la liberté ont éveillé en lui. On y trouve une colère profonde contre la confiscation des droits, et une immense tendresse pour un homme qui n’a jamais renié sa dignité. À travers ce recueil, c’est la voix même de la liberté qui se dresse.
Comment voyez-vous l’avenir face à l’islamisme ?
Nous entrons dans une période où la vindicte islamiste progresse chaque jour. Les universalistes doivent donc parler plus fort, nommer les choses, affronter la pieuvre qui étend ses tentacules sur le vieux continent. Certains pays. l’Angleterre, la Belgique que je connais bien, voient déjà la situation se dégrader.
Il ne faut plus seulement résister : il faut vaincre. Terrasser la bête immonde. Et je suis convaincu que nous disposons encore de toutes les ressources pour y parvenir
Merci à vous Kamel Bencheikh
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