Voix feutrée, diction parfaite, élégance sans ostentation : Stacey Kent appartient à cette lignée rare de chanteuses qui traversent le jazz sans jamais en forcer les codes. Nominée aux Grammy Awards et forte de plus de vingt ans de carrière, l’artiste américaine a conquis un public international, et tout particulièrement Français par un art de l’interprétation tout en nuances, où l’émotion naît toujours de la retenue.
Née le 27 mars 1968 à South Orange, dans le New Jersey, Stacey Kent incarne une synthèse précieuse entre fidélité aux traditions et sensibilité contemporaine. Au-delà des distinctions et des chiffres, c’est avant tout par l’intensité subtile de l’émotion qu’elle suscite qu’elle s’impose comme l’une des grandes voix du jazz actuel
Avant les scènes et les projecteurs, il y eut les livres. Diplômée de littérature à New York, Stacey Kent nourrit très tôt un rapport intime aux mots, qui marquera durablement son rapport au chant. Mais c’est la musique qui finit par s’imposer, la conduisant jusqu’à Londres et à la prestigieuse Guildhall School of Music and Drama. C’est là que sa voix trouve sa pleine mesure, dans une rigueur britannique tempérée par la chaleur du jazz. À Londres, elle rencontre également le saxophoniste, percussionniste et producteur Jim Tomlinson. Leur mariage, célébré en 1991, scelle une alliance artistique exceptionnelle. Ensemble, ils construisent au fil des décennies une signature sonore immédiatement reconnaissable, où le saxophone dialogue avec la voix dans une complicité presque télépathique
En 1995, le cinéma lui offre une première apparition remarquée dans Richard III de Richard Loncraine. Une brève scène, mais déjà une évidence : Stacey Kent possède cette présence naturelle qui n’a pas besoin d’effets pour s’imposer. Lorsque paraît Close Your Eyes en 1997, les amateurs de jazz savent qu’une nouvelle étoile est née. Onze titres suffisent à installer sa réputation, notamment les sublimes More Than You Know et You Go to My Head. Tout est déjà là : la pureté cristalline du timbre, la diction impeccable héritée de ses études littéraires, cette façon unique de faire vivre chaque syllabe

Les albums s’enchaînent avec la précision d’un orfèvre : The Tender Trap (1998), Only Trust Your Heart (1999), puis Let Yourself Go: Celebrating Fred Astaire (2000), hommage lumineux à l’âge d’or américain. En 2002, In Love Again célèbre Richard Rodgers avec une élégance devenue sa signature
Ma rencontre avec Jim Tomlinson a eu un impact majeur sur ma carrière
Extrait interview art scène radio
Mais c’est en France que Stacey Kent trouve un véritable second foyer. Le public Français, réputé pour son exigence et sa fidélité aux grandes voix, lui réserve un accueil enthousiaste. The Boy Next Door (2003) est certifié disque d’or, une consécration rare pour une artiste de jazz. À Paris, chacun de ses concerts devient un rendez-vous presque rituel, où initiés et néophytes se retrouvent dans une même ferveur
Les récompenses jalonnent naturellement un parcours d’une telle cohérence. Animatrice d’émissions de jazz sur BBC Radio 1 et 2, Stacey Kent reçoit le British Jazz Award en 2001, puis le BBC Jazz Award de la meilleure voix en 2002. En 2006, The Lyric, réalisé en étroite collaboration avec Jim Tomlinson, est sacré meilleur album de l’année aux BBC Jazz Awards. L’année suivante, Breakfast on the Morning Tram confirme son statut, mêlant avec finesse compositions originales et standards revisités. En mars 2009, la France lui rend un hommage particulier en la décorant de l’Ordre des Arts et des Lettres, saluant non seulement une artiste majeure, mais aussi une « passeuse » d’émotions, capable de faire dialoguer les cultures et les sensibilités

Le secret de Stacey Kent réside dans cette capacité rare et naturelle à dépasser la simple performance technique pour atteindre une forme d’intime universalité. Sa voix possède la douceur de berceuse pour adultes, apaisante sans jamais sombrer dans la mièvrerie. Sur scène, accompagnée de musiciens d’exception, Jim Tomlinson (son époux) ou le pianiste Art Hirahara, elle offre un voyage musical généreux, suspendu hors du temps, une parenthèse où tout le reste est suspendue
J’ai un lien spécial avec la France grâce à mon grand-père français installé aux États-Unis
Extrait interview art scène radio
Dans les grandes salles comme dans les clubs intimistes, le même miracle opère : le public se laisse envelopper par cette voix qui semble venir d’un âge d’or rêvé. Pourtant, rien de passéiste dans sa démarche. Stacey Kent ne joue pas un rôle : elle est une artiste profondément contemporaine, habitée par une élégance intemporelle
Héritière d’Ella Fitzgerald, Billie Holiday ou Sarah Vaughan, elle trace néanmoins son propre sillon, avec modestie et exigence. Une voix qui ne se contente pas de chanter des notes, mais raconte des histoires, partage des émotions et crée des souvenirs durables. Stacey Kent revient avec A Little Time For Love, un EP lumineux qui met en valeur son phrasé exquis et la complicité musicale intime qu’elle partage avec Jim Tomlinson. Le titre phare, Carinhoso, rayonne par la délicatesse de leur jeu vocal, tandis que Lucky To Be Me s’ouvre sur une atmosphère ample et accueillante. Trains And Boats And Planes offre un nouveau moment rare d’harmonie partagée.
Le toucher rythmique subtil d’Art Hirahara relie l’ensemble de l’EP, insufflant à chaque morceau un souffle délicat et une grâce naturelle. Cette sortie, prévue en décembre, offre un avant-goût chaleureux du prochain album de Stacey Kent, A Time For Love, attendu pour début avril 2026. Dans un monde souvent bruyant et précipité, Stacey Kent continue d’offrir ce cadeau rare : une pause, un instant de beauté pure, où la musique murmure plus qu’elle ne s’impose, et touche précisément pour cette raison
Nouvel EP A Little Time For Love disponible
Nouvel album A Time For Love sortie le 3 avril 2026

Nouvelle tournée 2026 :
31 mars : Annecy – 1er avril : Lyon – 03 & 04 avril : Pau – 07 avril : Lille – 8 avril : Boulogne-Billancourt – 9 avril : Nantes – 11 avril : Cenon – 3 décembre : Déville-lès-Rouen
8 décembre : Salle Pleyel- Paris
Photo 1 : Sara Pettinella
Photo 3 : Lorena Dini
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